Les données publiées le 17 février 2026 par l’Organisation mondiale de la santé révèlent une réalité insoutenable : en 2023, 160 000 femmes sont mortes de causes liées à la grossesse dans des contextes de conflit ou de grande fragilité. Dans ces pays, le risque de mourir en donnant la vie est cinq fois plus élevé que dans les États stables. Ce gouffre n’est pas médical, il est politique. Hôpitaux bombardés, personnels de santé contraints à l’exil, financements humanitaires insuffisants : chaque décès est le résultat d’un système qui abandonne les femmes au moment le plus critique de leur vie. Aucune guerre ne justifie que la maternité devienne une condamnation à mort.
Alors que la communauté internationale peine à répondre aux crises multiples, les défenseurs des droits humains tirent la sonnette d’alarme face aux nouvelles données de l’OMS publiées le 17 février 2026. La fragilité et les conflits sont devenus le principal terreau de la mortalité maternelle évitable, avec 160000 femmes décédées en 2023 dans ces seuls contextes, ce qui représente un effondrement silencieux mais massif des droits des femmes à travers le monde.
Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques, ce sont des visages, des noms, des familles brisées. Une femme qui fuit les combats au Soudan ou qui tente d’accoucher dans un hôpital sans électricité en Haïti n’a pas moins de valeur qu’une femme en Europe, mais son risque de mourir en donnant la vie est multiplié par dix. C’est un apartheid sanitaire que la communauté internationale ne peut plus ignorer.
L’analyse de l’OMS est sans appel : dans les pays stables, le taux de mortalité maternelle est de 99 pour 100 000 naissances, tandis que dans les pays en conflit, il s’envole à 504. Derrière ce gouffre statistique se cache une réalité de terrain que nos correspondants constatent quotidiennement, avec des hôpitaux en ruine ou pris pour cible, un exode du personnel soignant qui laisse les femmes sans aucune assistance qualifiée, et des femmes livrées à elles-mêmes, bloquées par les barrières, l’insécurité ou les déplacements forcés, sans accès aux soins prénatals ni aux urgences obstétricales. Une hémorragie, qui se traite en quelques minutes dans un pays stable, devient ainsi une condamnation à mort dans un camp de fortune. Une jeune fille de 15 ans dans un pays en guerre a une chance sur 51 de mourir de causes liées à la grossesse au cours de sa vie. Ce n’est pas une fatalité, ce sont des vies sacrifiées sur l’autel de l’indifférence et du sous-financement de l’aide humanitaire.
Face à ce désastre, l’ADH salue la résilience des communautés et des personnels de santé locaux, et appelle à une mobilisation d’urgence. L’exemple de l’Ukraine, où la mortalité maternelle reste basse malgré la guerre, prouve que protéger les services de santé fonctionne. Partout, des sages-femmes courageuses se battent pour sauver des vies, souvent sans matériel, sans salaire, mais avec un dévouement inouï. Cependant, cette résilience a ses limites alors que les besoins explosent et que les financements humanitaires stagnent, voire diminuent.
En Afrique, la situation est particulièrement alarmante, car le continent concentre à lui seul la majorité des décès maternels mondiaux, dont une part importante survient dans des pays touchés par des conflits armés ou une grande instabilité politique. Dans plusieurs régions du Sahel, de la Corne de l’Afrique ou des Grands Lacs, les systèmes de santé déjà fragiles sont affaiblis par l’insécurité, les déplacements massifs de populations et le manque chronique de financements. L’accès aux soins prénatals, à une assistance qualifiée à l’accouchement et aux services d’urgence obstétricale y demeure limité, notamment en zones rurales ou assiégées. Ainsi, au-delà des facteurs médicaux, la mortalité maternelle en Afrique reflète des inégalités structurelles profondes, aggravées par les crises humanitaires, qui exposent des millions de femmes à un risque évitable au moment de donner la vie.
L’ADH appelle donc les chefs d’État et les bailleurs de fonds internationaux à mettre fin à l’impunité des attaques contre les structures et le personnel de santé, qui privent les femmes de leur droit fondamental à des soins sûrs, et à financer d’urgence les services de santé maternelle dans les plans de réponse humanitaire, notamment par le déploiement de sages-femmes et de cliniques mobiles dans les zones les plus dangereuses. Elle recommande également d’intégrer de manière systématique la santé maternelle dans les mécanismes de protection des civils et dans les financements pluriannuels, afin d’assurer la continuité des soins au-delà de l’urgence immédiate et de renforcer durablement les systèmes de santé locaux.