La situation au Jonglei est devenue une catastrophe humanitaire imminente. Les combats en cours, les déplacements massifs de populations et l’insécurité alimentaire menaçant 60 % de la population, combinés à une épidémie de choléra, créent une crise où chaque élément aggrave les autres. La communauté internationale doit agir immédiatement pour garantir un accès humanitaire sécurisé et sans entrave, afin de fournir de l’aide avant que les conditions de sécurité ne rendent l’intervention impossible. Le temps presse : chaque jour de retard coûtera des vies humaines, notamment parmi les enfants et les plus vulnérables.
L’État de Jonglei au Soudan du Sud est au bord d’une catastrophe humanitaire majeure. Depuis mars 2025, une offensive militaire en cours a provoqué le déplacement de près de 260 000 personnes en un mois, portant le total national des déplacés à 250 000 supplémentaires début 2026.
À l’aube de la saison de soudure (avril-juillet), 60% de la population se trouve en situation d’insécurité alimentaire critique, tandis qu’une épidémie de choléra meurtrière frappe la région. La situation est désastreuse, et les blocages administratifs, qui ont augmenté de 32 % en 2025, paralysent l’aide vitale.
La crise actuelle dans le Jonglei n’est pas seulement le reflet d’un conflit militaire en cours, mais aussi d’un conflit structurel aux racines politiques et ethniques profondes. Les civils sont pris pour cibles, subissant destructions et violences sans protection.
La combinaison de l’insécurité alimentaire, du choléra et des déplacements massifs crée une spirale humanitaire incontrôlable où chaque crise exacerbe l’autre.
Action humanitaire : une urgence absolue
La période précédant la saison de soudure (février–mars) constitue la dernière fenêtre d’opportunité pour acheminer des vivres avant que les pluies et les combats n’empêchent totalement l’accès aux populations. Sans intervention urgente et une mobilisation internationale, la conjonction mortelle de la faim, du choléra et des déplacements massifs entraînera une hausse catastrophique de la mortalité, notamment parmi les enfants et les populations les plus vulnérables.
Les obstacles à l’action humanitaire sont systémiques et délibérés.
L’accès est entravé par des blocages politiques et administratifs, notamment le refus des autorités de délivrer les autorisations nécessaires pour les convois et les vols humanitaires. En outre, l’insécurité règne avec des attaques directes contre les installations humanitaires : au moins sept d’entre elles ont été pillées ou endommagées dans le Jonglei, tandis que le personnel est intimidé.
Enfin, une rhétorique incendiaire et ethnique empoisonne le climat politique, sape la neutralité de l’aide et exacerbe la violence contre les civils.
Recommandations pour une action urgente et durable
1. Garantir l’accès humanitaire immédiat
Nous devons exiger la création immédiate de corridors humanitaires sécurisés sous supervision internationale, permettant la distribution de l’aide et l’évacuation des blessés. Les autorités doivent lever sans délai tous les blocages administratifs qui freinent les convois et les vols humanitaires. Parallèlement, la communauté internationale doit imposer des sanctions ciblées contre les responsables de ces entraves.
2. Renforcer l’efficacité de la réponse humanitaire
Il est crucial de financer rapidement le plan de réponse 2026 pour assister des millions de personnes vulnérables. Les interventions doivent être multisectorielles : aide alimentaire, soins de santé (notamment pour lutter contre le choléra), protection des civils et soutien aux moyens de subsistance. Un soutien direct et logistique doit être apporté aux organisations communautaires locales, qui sont souvent les mieux placées pour atteindre les zones les plus reculées et vulnérables.
3. Œuvrer pour une résolution politique durable
Une paix durable nécessite la reprise urgente d’un dialogue politique inclusif, intégrant pleinement les femmes, les jeunes et les chefs communautaires. L’accord de paix de 2018 doit être révisé pour y inclure des mécanismes crédibles de désarmement et de justice transitionnelle. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit imposer un embargo strict sur les armes destinées à toutes les factions, et une commission d’enquête internationale indépendante doit être mise en place pour documenter les violations des droits humains et assurer la reddition des comptes.
Le peuple de Jonglei et du Soudan du Sud mérite la paix, la sécurité et la dignité. La communauté internationale ne peut se contenter d’observer l’escalade de la violence. Elle a l’obligation morale d’agir rapidement sur trois fronts indissociables : l’accès humanitaire immédiat, une réponse d’urgence massive et un engagement politique ferme pour une paix inclusive.
Le temps presse. Chaque jour de retard aura un coût humain catastrophique.