La République Islamique de Mauritanie reste confrontée à d’importants défis en matière de droits humains, malgré les réformes engagées et le renforcement de son cadre institutionnel. Selon les constats de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et de l’Association mauritanienne des droits de l’homme (AMDH), la persistance de l’esclavage, des discriminations, des restrictions des libertés publiques et des difficultés d’accès à la justice demeure préoccupante. La priorité réside désormais dans l’application effective des engagements pris et dans la garantie des droits fondamentaux pour tous.
En ce début du XXIe siècle, la République Islamique de Mauritanie se trouve à un moment décisif de son histoire pour consolider l’état de droit et assurer la protection des droits humains dans toute sa plénitude.
Cependant malgré l’adoption de plusieurs réformes ainsi que le renforcement progressif de son cadre institutionnel, la réalité demeure marquée par un décalage très important entre les engagements officiels de la République Islamique de Mauritanie et l’application des conventions internationales qu’elle a signées et ratifiées.
Les constats issus du rapport conjoint de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH) montrent notamment que les libertés publiques restent fragiles et que plusieurs catégories de la population continuent de faire face à des violations de leurs droits ou à une protection insuffisante de leurs droits.
Cette situation soulève la question de la capacité réelle des institutions à transformer les avancées juridiques en garanties concrètes pour les citoyens.
L’exercice des droits civils, politiques et économiques demeure restreinte.
Les restrictions visant les manifestations pacifiques, les pressions exercées sur les journalistes et des poursuites judiciaires contre des défenseurs des droits humains témoignent d’un environnement hostile où l’expression critique demeure exposée à des risques.
À cela s’ajoutent des problèmes structurels qui affectent particulièrement les personnes vulnérables.
Nous pouvons citer entre autres :
– la persistance de l’esclavage malgré son interdiction légale,
– les insuffisances dans la protection des femmes et des filles,
– les violations de droits des migrants, et des réfugiés,
– le maintien de la peine de mort malgré l’existence d’un moratoire dans son application depuis 1987.
Au-delà de ces violations spécifiques, le rapport met en évidence une faiblesse plus profonde :
l’écart entre l’existence des mécanismes de protection et leur capacité à produire des résultats.
La lutte contre l’impunité et le règlement du passif humanitaire du pays demeurent préoccupants. Ils constituent des défis à relever pour restaurer la confiance des victimes et permettre l’avènement d’une véritable justice transitionnelle.
Les institutions chargées de la défense des droits humains doivent, quant à elles, disposer de ressources et d’une indépendance suffisante pour exercer efficacement leurs missions. Sans ces garanties, les réformes risqueraient de rester essentiellement formelles et les personnes victimes de violations de droits continueront de rencontrer des obstacles pour accéder à la justice.
À l’analyse, l’enjeu principal pour la République Islamique de Mauritanie ne réside pas dans l’adoption de nouvelles normes, mais de garantir de manière indépendante, transparente et vérifiable, l’application de celles qui existent déjà.
Le renforcement de l’état de droit passe nécessairement par la protection effective des droits civils, politiques et économiques en mettant fin:
– aux poursuites judiciaires injustifiées, non motivées, mal fondées et basées clairement sur l’appartenance ethnique ou raciale.
– à l’esclavage,
– à la discrimination,
– à l’inaccessibilité des victimes à une justice équitable.
La question du passif humanitaire doit également être abordée comme une priorité nationale, car l’absence de réponse adéquate aux injustices sociales et aux violations des droits passées voire présentes continue de fragiliser et d’entamer durablement la confiance dans les institutions.
La place de la République Islamique de Mauritanie, dans le concert des nations passe nécessairement par l’abolition effective de l’esclavage endémique et multiséculaire subsistant.
Elle réside aussi dans sa capacité réelle à mettre fin aux discriminations ethniques et raciales documentées et avérées.
Le droit de vote et le droit d’être élu doivent être garantis pour tous les citoyens afin de permettre aux victimes d’esclavage et aux autres personnes vulnérables majoritaires d’accéder aux postes de décisions afin de garantir le respect de leurs droits fondamentaux, inaliénables.
Nous pensons fermement que les organisations internationales de défense et de promotion des droits de l’homme doivent accompagner les réformes mauritaniennes tout en maintenant un suivi indépendant et constant de leur mise en œuvre.
La crédibilité des engagements pris par la République Islamique de Mauritanie en matière de respect des droits humains se mesurera moins au nombre de textes adoptés qu’à leur impact concret sur la vie et les libertés des populations.
