La crise au Moyen-Orient dépasse le cadre militaire et produit des répercussions directes sur les économies et les populations africaines. La hausse des coûts de l’énergie, des engrais et des produits alimentaires, les perturbations des routes maritimes et les risques pesant sur les transferts de fonds peuvent aggraver les vulnérabilités économiques et sociales. Ces effets menacent notamment la sécurité alimentaire, le pouvoir d’achat et l’accès aux droits économiques et sociaux des populations les plus fragiles.
Le conflit entre les États-Unis et l’Iran, bien qu’éloignée géographiquement du continent africain, produit déjà des effets importants sur plusieurs économies africaines. La perturbation des routes maritimes stratégiques, notamment autour du détroit d’Ormuz et de la mer Rouge, contribue à la hausse des prix de l’énergie, du transport et de certaines matières premières. Selon les analyses de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et de la Banque africaine de développement (BAD), les tensions géopolitiques et leurs répercussions sur les prix de l’énergie, des denrées alimentaires et du commerce mondial accentuent les pressions inflationnistes et aggravent les contraintes budgétaires qui pèsent déjà sur plusieurs économies africaines.
L’agriculture est particulièrement exposée à ces perturbations. Selon la Banque africaine de développement (BAD), environ 80 % des engrais utilisés en Afrique subsaharienne sont importés, tandis qu’une part importante des approvisionnements africains provient de la région du Golfe Persique ou y transite. Les perturbations des échanges et la hausse des coûts du transport et des engrais peuvent ainsi affecter les calendriers agricoles, réduire la productivité et accentuer les risques d’insécurité alimentaire. Pour les populations les plus vulnérables, ces chocs se traduisent par une augmentation du coût de l’alimentation et des autres biens essentiels, avec des conséquences directes sur le pouvoir d’achat et les conditions de vie.
Les effets sociaux dépassent également les frontières africaines. Des millions de travailleurs africains vivent et travaillent dans les pays du golfe Persique et contribuent au soutien financier de leurs familles restées sur le continent. La perturbation de l’activité économique dans cette région risque de réduire ces transferts, qui servent principalement à financer la nourriture, le logement, l’éducation et les soins de santé. Cette situation peut donc affecter directement les droits économiques et sociaux de nombreuses familles africaines.
La dimension sécuritaire est tout aussi préoccupante dans la Corne de l’Afrique. Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, la Somalie et le Soudan sont directement concernés par les enjeux de sécurité liés à la mer Rouge et au golfe d’Aden, au cœur de routes maritimes stratégiques pour le commerce international. Les attaques contre les navires, la recrudescence de la piraterie et les risques liés à l’instabilité régionale pourraient perturber davantage les échanges maritimes et renforcer les vulnérabilités d’une région déjà confrontée à des conflits, à des déplacements de populations et à de fortes fragilités socio-économiques.
Les frappes américaines contre l’Iran rappellent que les populations africaines peuvent devenir les victimes indirectes de conflits qu’elles n’ont pas provoqués. La hausse du coût de l’énergie et de l’alimentation, la diminution potentielle des transferts de fonds et la pression sur les budgets publics peuvent fragiliser l’accès à des droits essentiels : alimentation, santé, éducation, logement et travail décent.
La réponse africaine ne devrait donc pas être uniquement économique. Elle doit aussi être sociale et fondée sur les droits humains, en protégeant les populations les plus vulnérables et en renforçant la sécurité alimentaire, la protection sociale et l’autonomie énergétique du continent.
