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Liberté de la presse en péril : un métier devenu mission à haut risque

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Liberté de la presse en péril : un métier devenu mission à haut risque

Selon l’ONU, la liberté de la presse est gravement menacée : depuis octobre 2023, près de 300 journalistes ont été tués dans la bande de Gaza, et environ 330 sont détenus dans le monde. L’impunité est massive, car seul un meurtre sur dix donne lieu à des poursuites. L’Afrique illustre cette tendance : dans plusieurs pays, les journalistes sont assassinés sans que leurs meurtres soient élucidés ; ailleurs, aucun journaliste indépendant ne peut travailler ; des radios critiques ont été fermées et l’accès aux médias a été sévèrement restreint pendant des conflits.

À la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme dresse un bilan alarmant. Selon Volker Türk, au moins 14 journalistes ont déjà été tués depuis le début de l’année, et près de 300 depuis octobre 2023 dans la seule bande de Gaza. À l’échelle mondiale, environ 330 journalistes sont actuellement détenus, rejoints par 500 blogueurs, tandis qu’un meurtre sur dix seulement aboutit à des poursuites. Cette impunité massive fonctionne comme un signal : on peut tuer un reporter sans craindre la justice.

Le texte de l’ONU met en lumière deux évolutions majeures. D’une part, la banalisation du ciblage des journalistes en zone de conflit. À Gaza, au Liban ou au Soudan, les reporters locaux ne sont plus des témoins protégés mais des cibles.

Mais la menace ne vient pas que des bombes. Les lois sur la diffamation, la cybercriminalité ou la désinformation sont détournées pour protéger les puissants. Les tribunaux deviennent des outils d’intimidation, et les femmes journalistes paient un lourd tribut : trois quarts d’entre elles subissent des abus en ligne, entre dénigrement et violences sexuelles.

À ces dérives s’ajoute une pression économique inédite. Dans près d’un tiers des pays, fermetures de médias et licenciements servent à étouffer les voix critiques. Coupures d’Internet, black-out médiatiques et restrictions d’accès complètent ce tableau d’asphyxie généralisée.

L’Afrique illustre tragiquement cette accumulation de risques. Au Soudan, au Mali et au Burkina Faso, les journalistes qui enquêtent sur les groupes jihadistes ou les exactions des armées sont régulièrement assassinés, souvent sans que leurs meurtres soient élucidés. En Érythrée, aucun journaliste indépendant ne peut exercer d’activité journalistique. Au Burundi, les radios critiques ont été fermées. En Éthiopie, la guerre au Tigré a vu les accès médias sévèrement restreints.

Un phénomène spécifique au continent s’ajoute : les coupures d’Internet lors des élections ou des contestations (Ouganda, Tanzanie, Congo, Sénégal) empêchent les journalistes de diffuser l’information. Le numérique devient une arme de censure massive. Face à ces dérives, l’ONU exhorte les États à abroger les lois abusives et les géants de la tech à agir contre les abus en ligne. La question reste ouverte : qui acceptera demain de payer le prix – en sécurité, en argent, en liberté – pour dire ce que les puissants veulent cacher ?